Reprendre le travail ne veut pas dire arrêter d'allaiter : voici vos droits
On ne demande jamais à quelqu'un d'arrêter un traitement pour « faciliter » son retour au bureau. Pourtant, on le sous-entend souvent aux mères qui allaitent. La loi, elle, dit tout autre chose.


Est-ce qu'on doit obligatoirement sevrer son bébé quand on reprend le travail ? Crédit photo : Renaud Caillé
La date de reprise approche, et avec elle, une angoisse sourde : « est-ce que je vais devoir choisir entre mon travail et l'allaitement ? »
Entre les remarques désobligeantes de certains collègues et le flou total sur vos droits, il y a de quoi se sentir seule face à cette décision. Rassurez-vous : reprendre une activité professionnelle n'oblige à rien côté allaitement, et la loi française vous protège plus que vous ne le pensez. Voici, concrètement, ce que vous pouvez exiger, et comment en parler avec assurance à votre employeur.
Reprendre le travail n’est pas une injonction à mettre fin à son allaitement. On ne demanderait jamais à une personne atteinte d’une maladie chronique d’interrompre son traitement pour « faciliter » son retour à l’emploi. Alors pourquoi imposerait-on à une mère d’arrêter d’allaiter pour mieux s’adapter au monde professionnel ?
Maternité et travail : un climat encore teinté de sexisme
En France, le retour au travail après un congé maternité reste, pour beaucoup de femmes, une période sensible. Fatigue, adaptation aux nouveaux rythmes familiaux, organisation de la garde… À cela s’ajoutent parfois des remarques désobligeantes ou des discriminations plus ou moins explicites.
D’après le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle, 8 femmes sur 10 rapportent avoir été confrontées à des propos sexistes au moment de leur retour. Et ce sexisme ne touche pas que les mères : 56 % des hommes interrogés dans la même étude ont également été témoins ou victimes de tels comportements.
Voici quelques exemples de propos fréquemment entendus :
"On verra plus tard pour ta promotion, tu comprends… tu étais absente quelques mois."
"Franchement, si j'avais su que tu allais nous faire un bébé, j'aurais recruté un mec."
"On sait bien que tu dois courir à la crèche, ne t’en fais pas si tu rates la réunion."
"Tu vas pouvoir gérer, entre ton poste et tes enfants ? C’est beaucoup pour une maman…"
Ces phrases, souvent déguisées en plaisanteries, ont un impact réel sur la confiance en soi et la réintégration des mères au sein des équipes. Et pour celles qui allaitent encore, l’injonction à « tourner la page » est parfois implicite, parfois très claire.
Vos droits quand vous allaitez et travaillez
La législation française protège les mères allaitantes, qu’elles soient salariées ou fonctionnaires. Ces droits existent, mais restent méconnus, ce qui empêche beaucoup de femmes d’en bénéficier.
Voici ce qu’il est important de savoir :
1. La protection contre le licenciement
Il est interdit de licencier une salariée pendant son congé maternité, ainsi que durant les 10 semaines suivant son retour. Cette période est dite « protégée » : seul un motif extérieur à la maternité et très grave peut justifier une rupture de contrat.
2. Le droit à une heure d’allaitement par jour
Jusqu’aux un an de votre enfant, vous avez droit à une heure par jour pour tirer votre lait ou allaiter sur votre lieu de travail. Cela peut être réparti en deux fois 30 minutes. Dans les entreprises de plus de 100 salarié·es, l’employeur est tenu de mettre à disposition un local dédié à l’allaitement (calme, propre, avec eau et chaise). Cette heure n'est hélas pas systématiquement rémunérée. Tout dépend de votre convention de travail.

11 mois d'allaitement malgré ma reprise
3. L’entretien professionnel au retour de congé
Un entretien de reprise est obligatoire. Il doit permettre de faire le point sur votre parcours, vos souhaits d’évolution et les conditions de votre retour. C’est aussi un moment propice pour aborder vos besoins spécifiques liés à l’allaitement.
4. Des aménagements possibles via les conventions collectives
Certaines conventions ou accords d’entreprise permettent des ajustements : télétravail, horaires adaptés, reprise progressive… Renseignez-vous auprès des ressources humaines ou de vos représentant·es du personnel.
5. Ces droits s’appliquent aussi aux agentes de la fonction publique
Sauf dispositions spécifiques contraires, les droits du Code du travail s’appliquent également aux fonctionnaires.
Osez en parler et poser le cadre, avec assurance
Vous avez tout à fait le droit d’exprimer vos besoins à votre employeur. Cela ne signifie pas être moins engagée ou moins compétente, bien au contraire. Une bonne communication peut faciliter grandement les choses.
Voici une formule qui peut ouvrir le dialogue de manière constructive :
“J’envisage de poursuivre mon allaitement après la reprise. J’aimerais qu’on puisse échanger sur les aménagements possibles pour que cela se passe dans les meilleures conditions, à la fois pour mon travail et pour mon enfant.”
Dans la grande majorité des cas, lorsque le sujet est abordé clairement, avec confiance, les arrangements sont trouvés. Il ne s’agit pas de demander une faveur, mais de faire valoir un droit existant.

J'ai réussi à faire ouvrir une salle d'allaitement
Créer un cercle de soutien
Être entourée change tout. Partager vos expériences avec d’autres mères qui sont passées par là, poser vos questions à des consultantes en lactation ou échanger dans des groupes de soutien peut faire une vraie différence. Cela permet :
De ne pas rester seule face aux difficultés ou aux doutes,
D’obtenir des solutions pratiques (organisation des tirages, conservation du lait, etc.),
De prendre du recul et de garder confiance dans vos choix.

malgré ma reprise tout se passe à merveille
Restez fidèle à vos valeurs sans renoncer à ce qui compte
Votre parcours professionnel ne s’arrête pas à la maternité. Et votre choix d’allaiter ne vous rend ni moins ambitieuse, ni moins compétente. Ne laissez pas le regard des autres vous faire douter.
Chaque femme est libre de décider ce qui est bon pour elle et pour son bébé. Continuer d’allaiter en travaillant peut demander un peu d’organisation, mais c’est possible. Et surtout, cela peut être profondément gratifiant.
Une maternité qui s’affirme : entre autodétermination et modernité
Aujourd’hui, les femmes ne veulent plus choisir entre maternage et carrière. Elles souhaitent pouvoir allier les deux, en toute autonomie. Cette revendication n’est ni rétrograde ni marginale : elle incarne une forme moderne de liberté.
Comme le souligne la juriste Martine Herzog-Evans, l’allaitement au travail peut représenter un véritable acte de réappropriation de son corps et de ses choix. Il ne s’agit pas de retourner à un modèle passéiste, mais bien d’inventer une nouvelle manière d’être mère et professionnelle à la fois.

"Allaiter, travailler, s’épanouir : ce n’est pas contradictoire. C’est exigeant, mais c’est possible."
Pour aller plus loin :
Échangez avec une consultante en lactation IBCLC
Rejoignez des groupes d’entraide autour de l’allaitement et du travail
Consultez les textes législatifs sur les droits des mères allaitantes (Code du travail, circulaires internes, conventions collectives)
N’hésitez pas à solliciter un représentant syndical ou une association de défense des droits des femmes si vous rencontrez des blocages.
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