Je suis épuisée, je veux faire un sevrage nocturne
Quand on ne dort plus depuis des mois, on peut avoir envie de tout changer, et on peut aussi subir une pression constante pour que son bébé « fasse enfin ses nuits ». Le sevrage nocturne n'est peut-être pas la clé

Sommaire
Mon bébé devrait-il déjà faire ses nuits ?
« À son âge, il devrait dormir toute la nuit. »
« Il se réveille parce que tu lui as donné l'habitude de téter pour s'endormir. »
« Tu devrais peut-être arrêter d’allaiter… »
« Et puis, donne-lui un biberon et ajoute des céréales, il sera calé et il dormira plus longtemps »

Quand on a un bébé qui se réveille encore plusieurs fois par nuit, ces petites phrases que l'on entend à peu près partout deviennent particulièrement difficiles à vivre. Alors qu'on a besoin d'empathie, de relais aussi, elles placent la responsabilité des réveils nocturnes sur votre lien avec votre bébé et sur l'allaitement. Vous êtes convaincue de faire de votre mieux mais la fatigue gagne, sournoise... Et quand on est épuisée, il est difficile de ne pas se demander si l’on fait quelque chose de travers.

Résultats d'un sondage réalisé sur 100 mamans
Pourtant, il n’existe pas d’âge universel auquel tous les bébés devraient dormir toute la nuit. Le sommeil se développe progressivement, avec des variations importantes d’un enfant à l’autre. Les réveils nocturnes restent fréquents chez les nourrissons et peuvent persister bien au-delà des premiers mois.
Un bébé peut se réveiller parce qu’il a faim, qu’il cherche le contact, qu’il traverse une période de développement particulière ou qu’il a simplement besoin d’aide pour se rendormir. Plusieurs raisons peuvent aussi se combiner.
Ces réveils ne signifient donc pas automatiquement que votre bébé dort mal, que vous l’avez habitué à de mauvaises associations d’endormissement ou que votre allaitement pose problème.
Mais il faut aussi le dire : le fait que les réveils soient fréquents chez les bébés ne signifie pas que vous devez les subir sans aide jusqu’à ce qu’ils disparaissent spontanément.
Je n’en peux plus : ai-je le droit de changer les choses ?
Peut-être que vous aimez allaiter votre bébé, que vous appréciez ces moments de proximité et que vous n’avez aucune envie d’arrêter l’allaitement en journée. Mais à 3 heures du matin, après plusieurs réveils, vous n’en pouvez plus.
Vous pouvez aimer allaiter et avoir besoin de dormir davantage. Vous pouvez vouloir continuer à répondre aux besoins de votre bébé tout en cherchant une autre organisation pour les nuits. Ces deux réalités ne sont pas incompatibles.
Votre fatigue compte, elle aussi. Elle ne fait pas de vous une mère moins attentive, moins patiente ou moins attachée à votre enfant.

L’objectif n’est pas de choisir entre votre bien-être et celui de votre bébé. Il s’agit de trouver un équilibre qui permette à chacun de tenir dans la durée.
Pour certaines familles, cela signifie conserver toutes les tétées nocturnes pour le moment. Pour d’autres, cela peut passer par une réduction progressive de certaines tétées, un relais de l’autre parent ou un changement des habitudes d’endormissement.
Il n’existe pas une seule bonne façon de faire. En revanche, avant de modifier les nuits, quelques points méritent d’être vérifiés.
Avant de réduire les tétées, vérifier les besoins de bébé
On a tendance à focaliser les difficultés sur les réveils du tout petit en passant sous silence un certains nombres de paramètres, parmi lesquels... sa nutrition !

Il est vrai qu'un bébé qui se réveille la nuit n’a pas nécessairement faim, mais on ne peut pas non plus supposer que ses réveils sont uniquement un besoin de réconfort ou liés à des habitudes qui lui ont été données par manque de cadre.
L’âge, l’alimentation, l’efficacité des tétées et la croissance sont des éléments importants pour comprendre ses besoins. Mais pas que. Je compte au moins 15 paramètres susceptibles d'influencer le sommeil.

Chez un jeune nourrisson, les tétées de nuit peuvent contribuer de façon importante aux apports nécessaires. Jacqueline Kent, par exemple a démontré dans une brillante étude en 2006 que certains nourrissons sont capables de consommer jusqu'à 20% de leur ration de lait quotidienne en une seule tétée la nuit. Même lorsque bébé grandit, certains enfants ont encore besoin de boire ou de téter la nuit. Il n’est donc pas prudent de supprimer systématiquement les tétées sans tenir compte de leur situation individuelle.
Avant d’envisager un sevrage nocturne, et donc de le priver d'une source de calories, commencez s'il vous plaît par tracer sa courbe de poids et ainsi de vous assurer que cette source n'est plus nécessaire.
Les réveils intempestifs ne doivent pas être systématiquement attribués au tempérament de l’enfant ou à un simple besoin de réconfort. Dans cette situation, la priorité est de s’assurer que les apports sont suffisants avant de chercher à espacer les tétées.
À l’inverse, si votre bébé grandit bien et que ses besoins nutritionnels sont couverts, vous pourrez discuter des possibilités d’évolution des nuits en fonction de son âge et de votre situation.
Le sevrage nocturne peut être progressif

Le mot « sevrage » peut donner l’impression qu’il faut tout arrêter d’un coup : plus de tétée la nuit, plus de réveil au sein, plus de retour en arrière.
Ce n’est pas une obligation. Si les conditions sont réunies pour réduire les tétées nocturnes, vous pouvez procéder progressivement. Par exemple, commencer par un seul réveil, modifier doucement la manière d’accompagner le rendormissement ou demander au co-parent de prendre le relais à certains moments.
Vous pouvez aussi avancer par étapes, observer comment votre bébé réagit et ajuster votre approche si elle ne convient pas à votre famille.
Il n’est pas nécessaire de viser immédiatement une nuit complète. Une amélioration peut déjà consister à obtenir une période de sommeil un peu plus longue, à partager les réveils ou à rendre les nuits moins éprouvantes.
Gardez toutefois en tête que réduire les tétées ne garantit pas la disparition des réveils. Votre bébé peut continuer à se réveiller et avoir besoin de votre présence, même s’il ne tète plus à chaque fois.
Si la situation devient très difficile, un accompagnement individualisé peut vous aider à choisir une approche adaptée à l’âge de votre enfant, à son alimentation et à vos limites.
Faut-il dissocier l'endormissement du sein ?

Vous allaitez votre bébé pour l’endormir et vous vous demandez si vous devez arrêter pour qu’il apprenne à dormir autrement ?
Pas nécessairement.
La tétée peut nourrir, apaiser et offrir un moment de proximité. Si ce rituel vous convient, vous n’avez pas besoin de le supprimer simplement parce que quelqu’un vous affirme que votre bébé doit apprendre à s’endormir seul.
Il est possible de continuer à allaiter au coucher tout en faisant évoluer certaines habitudes nocturnes. Vous pouvez, par exemple, essayer progressivement un autre rituel à l’un des réveils, si votre bébé est prêt et si ses besoins alimentaires sont couverts.
Certains enfants acceptent facilement cette transition ; d’autres ont besoin de davantage de temps et de présence. Il n’y a pas de méthode qui fonctionne de la même façon pour tous.
Et si la tétée reste votre façon préférée d’accompagner l’endormissement, ce n’est pas un échec. L’autonomie ne se résume pas à savoir s’endormir sans aide à un âge précis.
Obtenez l'aide du co-parent ou d'un tiers bienveillant
Vous n’êtes pas obligée d’assurer seule tous les réveils sous prétexte que vous allaitez.
L’autre parent, ou un autre adulte de confiance, peut participer aux routines du soir et de la nuit : bercer votre bébé, lui parler doucement, le porter ou rester près de lui pendant qu’il se rendort. Si votre bébé a faim et a besoin de téter, vous pourrez bien sûr intervenir.
Il est possible que votre enfant proteste au début parce que cette façon de faire lui est moins familière. Cela ne signifie pas forcément que la transition est impossible. L’adulte qui prend le relais peut lui laisser le temps de découvrir cette nouvelle routine, tout en restant attentif à ses besoins.
Vous pouvez aussi décider que l’autre parent s’occupe du réveil qui survient après une tétée, ou qu’il prenne bébé le matin pour vous permettre de vous reposer un peu plus. L’essentiel est de choisir une organisation réaliste pour votre famille, plutôt que de chercher une méthode parfaite.
Partager les nuits, ce n’est pas retirer quelque chose à votre bébé : c’est aussi prendre soin de la personne qui s’occupe de lui.
Penser aussi à votre corps
Si vous allaitez et que vous souhaitez réduire les tétées nocturnes, votre corps a lui aussi besoin de s’adapter.
Lorsque les tétées diminuent, la production de lait s’ajuste progressivement à la nouvelle demande. Une réduction trop brutale peut entraîner une sensation de seins tendus, un engorgement ou une inflammation du sein. Veillez à ne pas espacer trop vite les tétées de plus de 6 heures.
Si vous souhaitez conserver votre allaitement en journée, réduire les tétées de nuit une par une peut faciliter cette adaptation. En cas de douleur importante, de rougeur, de fièvre ou de symptômes qui s’aggravent, reprenez-les ou bien tirez votre lait pour retrouver un sein souple et indolore.
Il est également utile de ne pas vous fixer un calendrier trop strict. Vous pouvez avancer par étapes, faire une pause si le changement est difficile à vivre et reprendre plus tard.
Un sevrage nocturne n’a pas besoin d’être une épreuve à réussir en quelques nuits. Il doit pouvoir s’adapter à votre état de fatigue, à votre confort physique et aux besoins de votre bébé.
Vous n’avez pas à choisir entre votre allaitement et votre sommeil
Le sevrage nocturne n’est ni une étape obligatoire ni une preuve de réussite parentale. Il peut être un choix pertinent pour certaines familles, à un moment donné, si les besoins nutritionnels de l’enfant sont couverts et si cette évolution convient aux personnes concernées.
Et si vous n’êtes pas prête à réduire les tétées, vous n’avez pas à le faire simplement parce que votre entourage estime qu’il est temps.
Vous pouvez répondre aux besoins de votre bébé tout en reconnaissant les vôtres. Parfois, cela signifie conserver les tétées. Parfois, cela signifie changer progressivement certaines habitudes et mieux partager les nuits. Dans les deux cas, votre fatigue mérite d’être entendue, et votre bébé mérite un accompagnement adapté à sa situation.
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Des réponses courtes et directes, écrites par Carole HERVÉ, consultante en lactation IBCLC.
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Références et sources
American Academy of Pediatrics (2022). Infant Sleep and Feeding Guidelines
Weissbluth, M. (2015). Healthy Sleep Habits, Happy Child
Middlemiss, W. et al. (2012). Infant and mother heart rate during bedtime routines
Mirmiran, M., Maas, Y. G., & Ariagno, R. L. (2003). Development of fetal and neonatal sleep and circadian rhythms
Striano, T. et al. (2006). Social referencing and social learning in infancy
La Leche League International (2023). Weaning at Night
Mikolajczak, M., Roskam, I. (2018). Burnout in parents: A systematic review of risk factors and prevention strategies
Écrit par
Carole Hervé
Consultante en lactation certifiée IBCLC depuis 2011, j'aide plus de 1000 mères par an. Allaiter, ce n'est pas juste nourrir : c'est un projet intime, parfois semé de doutes, souvent transformateur. Un allaitement qui dure n'est pas un allaitement figé. Mon engagement : vous offrir un accompagnement expert, humain et accessible.
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