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Reflux du nourrisson, histamine et hypersensibilités alimentaires


Et si l’histamine (et ses cousines) jouaient un rôle sous-estimé ? Crédit photo : Renaud Caillé
Et si l’histamine (et ses cousines) jouaient un rôle sous-estimé ? Crédit photo : Renaud Caillé

Article initialement co-écrit avec Nathalie Faggianelli, Phyto-aromatologue, Naturopathe, praticienne en micronutrition et Docteure en biologie



Coliques intenses, reflux gastro-œsophagien (RGO), pleurs inconsolables, rougeurs cutanées… Et si certains troubles fréquents du nourrisson n’étaient pas seulement « fonctionnels » ou liés à l’immaturité digestive, mais aussi à une hypersensibilité à l’histamine et à d’autres amines alimentaires ? Chez certains bébés, en particulier allaités ou en période de diversification, l’excès d’histamine ou la difficulté à la métaboliser pourrait contribuer à des symptômes digestifs et extra-digestifs encore mal reconnus. Décryptage scientifique, clinique et pratique.


Sommaire


Comprendre l’histamine et son rôle chez le nourrisson


L’histamine est un médiateur biologique naturellement produit par l’organisme. C'est une molécule naturellement produite par l’organisme, principalement par des cellules appelées mastocytes et basophiles. Elle joue un rôle fondamental dans de nombreuses fonctions :

  • régulation de la perméabilité vasculaire

  • sécrétion gastrique

  • motricité intestinale

  • neurotransmission

  • réponse immunitaire et inflammatoire


L’histamine n’est donc pas « mauvaise » en soi : elle est indispensable à la vie.Elle provient :

  • de la production endogène par l’organisme

  • de certains aliments riches en histamine

  • de la transformation de l’histidine par certaines bactéries intestinales

Pour éviter les effets indésirables, l’organisme doit maintenir un équilibre entre l’histamine produite/apportée et sa capacité à la dégrader.Cette dégradation repose principalement sur deux enzymes :

  • la diamine oxydase (DAO), surtout active dans l’intestin

  • l’histamine-N-méthyltransférase (HNMT), active au niveau intracellulaire (foie, cerveau, reins)

Chez l’enfant, et en particulier chez le nourrisson, cet équilibre est encore immature. Une revue pédiatrique de référence définit l’intolérance à l’histamine comme un déséquilibre entre l’histamine accumulée et la capacité de dégradation (Histamine Intolerance in Children, 2021).


Excès d’histamine, une cause de reflux du bébé

Un excès d’histamine peut survenir par :

  • un apport alimentaire élevé

  • une production bactérienne accrue (dysbiose intestinale)

  • une libération excessive par les mastocytes

  • une dégradation insuffisante (immaturité enzymatique, carences, facteurs génétiques)

Cette accumulation peut provoquer des symptômes très variés, car l’histamine agit sur de nombreux tissus.Chez le nourrisson, les manifestations sont souvent polymorphes, ce qui rend le diagnostic difficile.

Les symptômes peuvent être :

  • digestifs : régurgitations, reflux, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées

  • cutanés : érythème fessier, eczéma, rougeurs diffuses

  • respiratoires : congestion nasale, toux réflexe

  • neurovégétatifs : agitation, pleurs, troubles du sommeil

Le lien entre histamine et reflux gastro-œsophagien est documenté, bien que encore insuffisamment étudié par des essais cliniques de grande ampleur.Des données physiopathologiques montrent que les mastocytes gastro-intestinaux, producteurs d’histamine, sont présents et actifs chez le jeune enfant et peuvent contribuer à l’hyperréactivité œsophagienne et à l’inflammation locale (Hein et al., 2005 ; Nutrients, 2021).



Les signes qui peuvent alerter chez le nourrisson

Chez le bébé, un reflux associé à un excès d’histamine est souvent accompagné d’autres signaux :


Digestifs

  • coliques intenses et prolongées

  • gaz abondants

  • diarrhées ou constipation alternée

  • selles vertes, mousseuses

Cutanés

  • rougeurs diffuses après la tétée

  • dermite, urticaire légère

  • eczéma récurrent sans allergie identifiée

Respiratoires

  • nez encombré chronique

  • éternuements

  • toux nocturne liée au reflux

Neurovégétatifs et comportementaux

  • pleurs inconsolables

  • agitation marquée

  • sommeil très fragmenté

  • hypersensibilité au bruit ou à la lumière

  • refus de téter, pleurs à la mise au sein

Ces signes apparaissent souvent en lien temporel avec certains aliments consommés par la mère allaitante, notamment :chocolat, poissons peu frais ou en conserve, fromages affinés, tomates, aubergines, aliments fermentés, charcuteries, noix (cajou, arachide, noix de Grenoble).

Histamine et allaitement : quelles implications pour la maman ?


Les données actuelles suggèrent que l’histamine alimentaire maternelle passe peu dans le lait chez un bébé en bonne santé.Cependant, dans certaines situations spécifiques, une sensibilité peut émerger :

  • intestin maternel hyperperméable

  • inflammation chronique de bas grade

  • bébé présentant une immaturité digestive associée à une hyperréactivité mastocytaire

Dans ce contexte, une charge élevée en histamine ou en amines alimentaires chez la mère pourrait favoriser chez le nourrisson :

  • irritabilité

  • coliques

  • reflux

  • troubles du sommeil

  • éruptions cutanées

Une revue (Nazar et al., 2021) souligne que l’intolérance à l’histamine co-existe fréquemment avec les allergies et pathologies gastro-intestinales chez l’enfant.


Honorine, pharmacienne IBCLC et spécialisée en naturopathie pédiatrique
Honorine, pharmacienne IBCLC et spécialisée en naturopathie pédiatrique

Diversification alimentaire : une période clé de vigilance

La diversification est une phase de maturation digestive progressive. Certains signes doivent attirer l’attention :

  • coliques persistantes

  • régurgitations ou RGO sans cause évidente

  • rougeurs ou urticaire après certains aliments

  • modification brutale du comportement alimentaire

  • stagnation pondérale inexpliquée


Une revue sur les hypersensibilités alimentaires chez l’enfant atopique estime qu’environ 31 % présentent une intolérance à l’histamine ou à d’autres amines.


Introduire progressivement des aliments peu riches en histamine (aliments frais, non fermentés) permet parfois de limiter les réactions.Les aliments riches en histamine ou libérateurs peuvent être proposés plus tard, avec prudence.

Les mécanismes physiopathologiques en jeu

Immaturité enzymatique

Chez le nourrisson, l’activité de la DAO intestinale est faible durant les premiers mois. Un intestin encore perméable ou inflammé réduit encore cette capacité de dégradation.

Libération mastocytaire accrue

Les mastocytes digestifs et cutanés peuvent être activés par :

  • stress oxydatif

  • infections virales

  • additifs alimentaires

  • stress maternel

Ils libèrent alors histamine, cytokines et polyamines inflammatoires.

Production bactérienne d’amines

Certaines bactéries intestinales peuvent produire des amines biogènes.⚠️ D’où la prudence vis-à-vis des probiotiques prescrits sans indication précise.

Déficits micronutritionnels

Les enzymes de dégradation de l’histamine nécessitent :

  • cuivre, zinc

  • vitamines B2, B6, B9, B12

  • magnésium


Un déficit maternel peut réduire la capacité de dégradation chez la mère et indirectement chez le bébé.


Le rôle clé de la vitamine A

La vitamine A est essentielle à la maturation des muqueuses digestives.Une carence, fréquente dès la grossesse, peut favoriser :

  • hypersensibilité des muqueuses

  • inflammation chronique

  • troubles digestifs persistants


Toute supplémentation doit être encadrée par un professionnel de santé.

Pour une maman allaitante confrontée à ces signes :

  • Tenir un journal alimentaire et noter les réactions du bébé

  • Privilégier une alimentation fraîche, peu transformée

  • Éviter temporairement les aliments riches en histamine pendant 2 à 4 semaines, avec suivi professionnel

  • Introduire les aliments chez le bébé un par un, tous les 2–3 jours

  • Consulter si le RGO persiste malgré les mesures classiques

  • Soutenir l’hygiène de vie maternelle : sommeil, hydratation, gestion du stress

Même si les preuves cliniques à grande échelle restent limitées, les mécanismes biologiques, les données pédiatriques et les observations cliniques convergent : chez certains nourrissons, un excès d’histamine ou une difficulté à la métaboliser peut contribuer au reflux, aux coliques et à d’autres troubles fonctionnels.


Une approche individualisée, progressive et encadrée est essentielle. Et rappelons-le : l’histamine n’est pas la seule en cause — sulfites, salicylates et phénols peuvent aussi jouer un rôle.


Références

  • Hein et al., Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2005

  • Histamine Intolerance in Children, 2021

  • Nazar et al., PMC, 2021

  • Nutrients, 2021 – PMID: 33917536

  • Nutrients, 2023 – PMC8144954

  • MDPI – Food hypersensitivities in atopic children


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