Reflux du nourrisson, histamine et hypersensibilités alimentaires
- Carole HERVÉ

- 13 mai
- 5 min de lecture

Article initialement co-écrit avec Nathalie Faggianelli, Phyto-aromatologue, Naturopathe, praticienne en micronutrition et Docteure en biologie
Coliques intenses, reflux gastro-œsophagien (RGO), pleurs inconsolables, rougeurs cutanées… Et si certains troubles fréquents du nourrisson n’étaient pas seulement « fonctionnels » ou liés à l’immaturité digestive, mais aussi à une hypersensibilité à l’histamine et à d’autres amines alimentaires ? Chez certains bébés, en particulier allaités ou en période de diversification, l’excès d’histamine ou la difficulté à la métaboliser pourrait contribuer à des symptômes digestifs et extra-digestifs encore mal reconnus. Décryptage scientifique, clinique et pratique.
Sommaire
Comprendre l’histamine et son rôle chez le nourrisson
L’histamine est un médiateur biologique naturellement produit par l’organisme. C'est une molécule naturellement produite par l’organisme, principalement par des cellules appelées mastocytes et basophiles. Elle joue un rôle fondamental dans de nombreuses fonctions :
régulation de la perméabilité vasculaire
sécrétion gastrique
motricité intestinale
neurotransmission
réponse immunitaire et inflammatoire
L’histamine n’est donc pas « mauvaise » en soi : elle est indispensable à la vie.Elle provient :
de la production endogène par l’organisme
de certains aliments riches en histamine
de la transformation de l’histidine par certaines bactéries intestinales
Pour éviter les effets indésirables, l’organisme doit maintenir un équilibre entre l’histamine produite/apportée et sa capacité à la dégrader.Cette dégradation repose principalement sur deux enzymes :
la diamine oxydase (DAO), surtout active dans l’intestin
l’histamine-N-méthyltransférase (HNMT), active au niveau intracellulaire (foie, cerveau, reins)
Chez l’enfant, et en particulier chez le nourrisson, cet équilibre est encore immature. Une revue pédiatrique de référence définit l’intolérance à l’histamine comme un déséquilibre entre l’histamine accumulée et la capacité de dégradation (Histamine Intolerance in Children, 2021).

Excès d’histamine, une cause de reflux du bébé
Un excès d’histamine peut survenir par :
un apport alimentaire élevé
une production bactérienne accrue (dysbiose intestinale)
une libération excessive par les mastocytes
une dégradation insuffisante (immaturité enzymatique, carences, facteurs génétiques)
Cette accumulation peut provoquer des symptômes très variés, car l’histamine agit sur de nombreux tissus.Chez le nourrisson, les manifestations sont souvent polymorphes, ce qui rend le diagnostic difficile.
Les symptômes peuvent être :
digestifs : régurgitations, reflux, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées
cutanés : érythème fessier, eczéma, rougeurs diffuses
respiratoires : congestion nasale, toux réflexe
neurovégétatifs : agitation, pleurs, troubles du sommeil
Le lien entre histamine et reflux gastro-œsophagien est documenté, bien que encore insuffisamment étudié par des essais cliniques de grande ampleur.Des données physiopathologiques montrent que les mastocytes gastro-intestinaux, producteurs d’histamine, sont présents et actifs chez le jeune enfant et peuvent contribuer à l’hyperréactivité œsophagienne et à l’inflammation locale (Hein et al., 2005 ; Nutrients, 2021).

Les signes qui peuvent alerter chez le nourrisson
Chez le bébé, un reflux associé à un excès d’histamine est souvent accompagné d’autres signaux :
Digestifs
coliques intenses et prolongées
gaz abondants
diarrhées ou constipation alternée
selles vertes, mousseuses
Cutanés
rougeurs diffuses après la tétée
dermite, urticaire légère
eczéma récurrent sans allergie identifiée
Respiratoires
nez encombré chronique
éternuements
toux nocturne liée au reflux
Neurovégétatifs et comportementaux
pleurs inconsolables
agitation marquée
sommeil très fragmenté
hypersensibilité au bruit ou à la lumière
refus de téter, pleurs à la mise au sein
Ces signes apparaissent souvent en lien temporel avec certains aliments consommés par la mère allaitante, notamment :chocolat, poissons peu frais ou en conserve, fromages affinés, tomates, aubergines, aliments fermentés, charcuteries, noix (cajou, arachide, noix de Grenoble).
Histamine et allaitement : quelles implications pour la maman ?
Les données actuelles suggèrent que l’histamine alimentaire maternelle passe peu dans le lait chez un bébé en bonne santé.Cependant, dans certaines situations spécifiques, une sensibilité peut émerger :
intestin maternel hyperperméable
inflammation chronique de bas grade
bébé présentant une immaturité digestive associée à une hyperréactivité mastocytaire
Dans ce contexte, une charge élevée en histamine ou en amines alimentaires chez la mère pourrait favoriser chez le nourrisson :
irritabilité
coliques
reflux
troubles du sommeil
éruptions cutanées
Une revue (Nazar et al., 2021) souligne que l’intolérance à l’histamine co-existe fréquemment avec les allergies et pathologies gastro-intestinales chez l’enfant.

Diversification alimentaire : une période clé de vigilance
La diversification est une phase de maturation digestive progressive. Certains signes doivent attirer l’attention :
coliques persistantes
régurgitations ou RGO sans cause évidente
rougeurs ou urticaire après certains aliments
modification brutale du comportement alimentaire
stagnation pondérale inexpliquée
Une revue sur les hypersensibilités alimentaires chez l’enfant atopique estime qu’environ 31 % présentent une intolérance à l’histamine ou à d’autres amines.
Introduire progressivement des aliments peu riches en histamine (aliments frais, non fermentés) permet parfois de limiter les réactions.Les aliments riches en histamine ou libérateurs peuvent être proposés plus tard, avec prudence.
Les mécanismes physiopathologiques en jeu
Immaturité enzymatique
Chez le nourrisson, l’activité de la DAO intestinale est faible durant les premiers mois. Un intestin encore perméable ou inflammé réduit encore cette capacité de dégradation.

Libération mastocytaire accrue
Les mastocytes digestifs et cutanés peuvent être activés par :
stress oxydatif
infections virales
additifs alimentaires
stress maternel
Ils libèrent alors histamine, cytokines et polyamines inflammatoires.
Production bactérienne d’amines
Certaines bactéries intestinales peuvent produire des amines biogènes.⚠️ D’où la prudence vis-à-vis des probiotiques prescrits sans indication précise.
Déficits micronutritionnels
Les enzymes de dégradation de l’histamine nécessitent :
cuivre, zinc
vitamines B2, B6, B9, B12
magnésium
Un déficit maternel peut réduire la capacité de dégradation chez la mère et indirectement chez le bébé.
Le rôle clé de la vitamine A
La vitamine A est essentielle à la maturation des muqueuses digestives.Une carence, fréquente dès la grossesse, peut favoriser :
hypersensibilité des muqueuses
inflammation chronique
troubles digestifs persistants
Toute supplémentation doit être encadrée par un professionnel de santé.
Pour une maman allaitante confrontée à ces signes :
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Même si les preuves cliniques à grande échelle restent limitées, les mécanismes biologiques, les données pédiatriques et les observations cliniques convergent : chez certains nourrissons, un excès d’histamine ou une difficulté à la métaboliser peut contribuer au reflux, aux coliques et à d’autres troubles fonctionnels.
Une approche individualisée, progressive et encadrée est essentielle. Et rappelons-le : l’histamine n’est pas la seule en cause — sulfites, salicylates et phénols peuvent aussi jouer un rôle.
Références
Hein et al., Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2005
Histamine Intolerance in Children, 2021
Nazar et al., PMC, 2021
Nutrients, 2021 – PMID: 33917536
Nutrients, 2023 – PMC8144954
MDPI – Food hypersensitivities in atopic children

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