Le biberon de lait infantile est déjà prêt. Avant de céder, ces questions méritent d'être posées
La boîte est dans le placard depuis la maternité, « au cas où ». Ce jour-là arrive plus vite qu'on ne le pensait, et il n'a rien d'un échec.


Il est 3h du matin, bébé pleure, vous doutez d'avoir assez de lait, et cette boîte de lait infantile est là, dans le placard, « au cas où ».
Ce moment, beaucoup de mères l'ont vécu, et beaucoup ont cédé sans vraiment savoir ce que ce choix engageait, ni ce qu'il n'engageait pas. Cet article ne vise à culpabiliser personne : donner du lait infantile est une décision qui se prend avec les informations et le soutien du moment, parfois faute de mieux. Mais il est utile de savoir ce que dit vraiment la science sur son impact, quand il est réellement nécessaire, et comment, si vous le souhaitez, préserver ou relancer votre allaitement malgré tout.
⚖️ Disclaimer Allaiter est un choix personnel qui ne va pas toujours de soi. Certaines mères allaitent exclusivement, d’autres partiellement, et d’autres pas du tout, pour des raisons médicales, pratiques ou simplement parce que c’est ce qui leur convient. Cet article ne vise en aucun cas à culpabiliser celles qui n’allaitent pas ou seulement en partie (j’ai moi-même traversé cette situation). Son objectif est d’apporter des informations concrètes, fiables et nuancées afin que chaque parent puisse faire un choix éclairé, en toute liberté, pour la santé et le bien-être de son enfant. |
L’industrie façonne nos choix depuis l’enfance
Depuis plusieurs décennies, l’industrie agro-alimentaire a réussi à imposer ses produits comme la norme en matière d’alimentation infantile. Le lait artificiel s’est progressivement présenté non pas comme une alternative de recours, mais comme la solution par défaut.

La maman Playmobil donne le biberon (!)
Cette influence est si forte qu’on pourrait presque parler d’une “Big Mother” : une industrie qui se substitue symboliquement au rôle nourricier maternel. L’empreinte culturelle est profonde : même les petites filles, lorsqu’elles jouent à la poupée, reçoivent souvent un biberon miniature et une tétine. Ainsi, dès le plus jeune âge, on apprend que materner un bébé passe par le biberon, renforçant un imaginaire collectif où l’alimentation artificielle semble naturelle, évidente et universelle.
Cette normalisation ne s’arrête pas au jeu.
On la retrouve dans la publicité omniprésente, dans le packaging qui valorise une “science du lait”, ou encore dans les maternités où, pendant longtemps, les échantillons de laits artificiels étaient distribués systématiquement aux jeunes mères et les nourrettes le sont encore sans prescription médicale. Dans certains pays, des campagnes publicitaires associent même l’usage du lait infantile à un signe de modernité et de réussite sociale, comme si allaiter appartenait au passé.
Pour freiner ces dérives, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a adopté en 1981 le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, qui vise à interdire la promotion directe des laits infantiles auprès du grand public et à encadrer leur marketing. Pourtant, les résultats restent très mitigés : les pratiques de contournement sont nombreuses (marketing digital, sponsoring de formations médicales, relais via des influenceurs parentaux…), et les États appliquent ce code de manière inégale. Plus de quarante ans plus tard, l’industrie continue d’avoir une influence massive sur les choix des familles et même sur les recommandations de certains professionnels de santé.
La question du choix...
Allaiter est un choix personnel, qui va bien au-delà d’une simple décision nutritionnelle. Pour que vous puissiez décider librement de ce qui est juste pour votre bébé, tant pour sa santé nutritionnelle immédiate que pour son bien-être à long terme, il est essentiel de disposer d’informations fiables et complètes.
Cet article ne cherche pas à culpabiliser celles qui choisissent de ne pas allaiter ou d’allaiter partiellement, j’ai moi‑même vécu cette situation. Il vise à informer avec des données pesées et scientifiquement documentées afin que chaque parent puisse faire un choix éclairé.
Donner du lait infantile à son bébé est une décision qui peut avoir des conséquences durables sur sa santé, notamment lorsqu’il est introduit trop tôt. Alors que les bienfaits de l’allaitement exclusif sont largement documentés, les alternatives comme les banques de lait humain restent encore peu développées, malgré leur potentiel immense. Mais au-delà des aspects individuels, se pose une question plus large : comment l’industrie influence-t-elle nos choix ?
L’industrie agro-alimentaire a pris le dessus sur la nutrition de nos tout petits
Mélissa Mialon, chercheuse en nutrition et sciences sociales, alerte sur l’influence considérable de l’industrie de l’alimentation infantile sur la santé publique. Dans son ouvrage « Big Food & Cie » (éd. Souccar, 2021), comment l'industrie de l'alimentation infantile capture la science, les professions de santé et la société civile en France, elle démontre que ces entreprises ne se contentent pas de produire du lait infantile : elles investissent massivement dans la recherche, nouent des partenariats avec des professionnels de santé, et participent à la définition des recommandations médicales, façonnant ainsi la perception et les pratiques autour de l’alimentation infantile (Info‑Allaitement.org).
Ce lobbying influence aussi la société civile, notamment à travers la promotion des « 1000 premiers jours de vie » comme terrain d’action marketing, parfois au détriment d’une information indépendante.
Mélissa Mialon souligne que les préparations pour nourrissons sont des produits ultra-transformés, dont la consommation précoce est associée à des risques accrus de maladies non transmissibles, obésité, diabète, allergies , et à des modifications durables du microbiote intestinal (Bio à la une, 2021).
Elle insiste sur l’importance de mettre en œuvre et de renforcer le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel de l’OMS afin de limiter ces influences et de garantir que les choix des parents reposent sur des informations transparentes et scientifiques plutôt que sur des stratégies commerciales.
Pourquoi remettre en question le lait infantile ?
Le lait infantile, bien qu’utile dans certaines situations, n’est pas un équivalent du lait maternel. Ce dernier est vivant, adapté, et évolutif. Même une seule dose de préparation commerciale peut altérer la flore intestinale du bébé pour plusieurs semaines, modifier la perméabilité intestinale et augmenter les risques d’allergies, de colites, ou encore de diabète de type 1.
Des études ont également montré une corrélation entre la consommation de lait infantile précoce et des risques accrus de maladies inflammatoires, ainsi qu’un développement cognitif légèrement inférieur (quelques points de QI de moins en moyenne) par rapport aux bébés allaités.
À retenir : Le lait infantile n’est pas dangereux en soi, et il peut être utilisé pour relancer l'allaitement.

Le mixte peut sauver l'allaitement - ici, il s'agit d'une alternance sein et biberon de lait maternel tiré
Le lait maternel : une substance vivante incomparable
Le lait maternel n’est pas un simple liquide blanc nourrissant. Il est rempli de cellules vivantes, d’anticorps, d’enzymes digestives, de probiotiques naturels et de composants immunologiques. Sous un microscope, le contraste est saisissant : là où le lait infantile paraît homogène et inerte, le lait maternel est une véritable usine biologique, adaptée en temps réel aux besoins du bébé.
De plus, sa composition varie à chaque tétée, selon l’heure de la journée, la température, et même l’état de santé de l’enfant. Il contribue activement à la construction du système immunitaire du nourrisson et à la prévention des infections respiratoires, ORL, digestives, et bien plus.

Trouver un lait adapté pour un bambin poly-allergique relève parfois du défi
Préparations pour nourrissons : quand et pourquoi ?
Malgré ses limites, le lait infantile a sa place : lorsqu’un bébé ne prend pas suffisamment de poids, que la mère est absente, malade, ou que l’allaitement n’est pas possible malgré un accompagnement, alors les PPN deviennent une solution précieuse et nécessaire.
Dans ces cas-là, il est recommandé de :
Utiliser du lait infantile le plus tard possible (après 4 à 6 mois si possible),
Privilégier les formes les plus simples (sans arômes ni sucres ajoutés),
Continuer à proposer du lait maternel en parallèle, même en petites quantités.
Lactarium : une solution
En France comme ailleurs, les lactariums permettent à des nourrissons de recevoir du lait de mère pasteurisé lorsqu’ils ne peuvent pas être allaités par leur mère.
Aujourd’hui, ces banques de lait sont exclusivement réservées aux bébés prématurés hospitalisés. Mais de nombreux professionnels de santé appellent à leur développement à grande échelle, pour permettre un accès plus large à ce "médicament naturel".
💡 À terme, avec un soutien politique et logistique (remboursement, collecte, conservation), chaque bébé pourrait bénéficier de lait humain, même en l’absence d’allaitement direct.
Les recommandations avant toute introduction de lait infantile
Avant de donner du lait infantile, il est fortement recommandé de consulter un spécialiste de l’allaitement, une consultante IBCLC.
Parfois, des problèmes comme :
une mauvaise prise du sein,
une ankyloglossie (frein de langue),
un engorgement ou un doute sur la lactation...
peuvent être résolus rapidement, évitant ainsi une introduction prématurée des PPN.
Même un tout petit apport de lait maternel, exprimé manuellement ou au tire-lait, reste bénéfique.
Et si on faisait au mieux, avec les moyens du moment ?
Loin de toute culpabilisation, il est important de remettre chaque choix dans son contexte. De nombreuses mères ont donné du lait infantile, souvent faute d’information, ou d’un accompagnement digne de ce nom.
Rappelons que même un allaitement partiel a des effets positifs. Et qu’il est possible de relancer une lactation après l’introduction des préparations pour nourrissons. Le plus important : être informée, accompagnée, et soutenue dans ses choix.

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Références scientifiques
Cofam – Coordination Française pour l’Allaitement Maternel. https://cofam.org
Victora, C. G., et al. (2016). Breastfeeding in the 21st century: epidemiology, mechanisms, and lifelong effect. The Lancet, 387(10017), 475–490.
Oddy, W. H. (2002). The impact of breastmilk on infant and child health. Breastfeeding Review, 10(3), 5–18.
WHO. (2023). Infant and young child feeding. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/infant-and-young-child-feeding
Horta, B. L., & Victora, C. G. (2013). Long-term effects of breastfeeding – A systematic review. World Health Organization.
Cossez E., Baker, P. & Mialon M. ‘The second mother’: How the baby food industry captures science, health professions and civil society in France. Maternal & Child Nutrition. 2021;
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