Allaitement et travail : quels sont vos droits après le congé maternité ?
- Carole HERVÉ

- 4 août 2025
- 6 min de lecture

Peut-on continuer à allaiter après la reprise du travail ? A-t-on le droit de tirer son lait sur son lieu de travail ? L'employeur doit-il mettre à disposition un espace dédié ?
En France, le Code du travail prévoit plusieurs dispositions pour les mères qui souhaitent poursuivre leur allaitement après leur congé maternité. Pourtant, ces droits restent peu connus et sont parfois difficiles à faire appliquer.
Dans cet article, découvrez vos droits concernant l'allaitement au travail, les aménagements possibles, ainsi que des conseils pratiques pour organiser sereinement votre reprise professionnelle.
Sommaire
Reprendre le travail n’est pas une injonction à mettre fin à son allaitement. On ne demanderait jamais à une personne atteinte d’une maladie chronique d’interrompre son traitement pour « faciliter » son retour à l’emploi. Alors pourquoi imposerait-on à une mère d’arrêter d’allaiter pour mieux s’adapter au monde professionnel ?
Allaiter après la reprise, c’est possible. Et c’est même protégé par la loi.
Consultez cette vidéo du magazine Parents
Peut-on tirer son lait sur son lieu de travail ?
En France, le retour au travail après un congé maternité reste, pour beaucoup de femmes, une période sensible. Fatigue, adaptation aux nouveaux rythmes familiaux, organisation de la garde… À cela s’ajoutent parfois des remarques désobligeantes ou des discriminations plus ou moins explicites.
D’après le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, 8 femmes sur 10 rapportent avoir été confrontées à des propos sexistes au moment de leur retour. Et ce sexisme ne touche pas que les mères : 56 % des hommes interrogés dans la même étude ont également été témoins ou victimes de tels comportements.
Voici quelques exemples de propos fréquemment entendus :
"On verra plus tard pour ta promotion, tu comprends… tu étais absente quelques mois."
"Franchement, si j'avais su que tu allais nous faire un bébé, j'aurais recruté un mec."
"On sait bien que tu dois courir à la crèche, ne t’en fais pas si tu rates la réunion."
"Tu vas pouvoir gérer, entre ton poste et tes enfants ? C’est beaucoup pour une maman…"
Ces phrases, souvent déguisées en plaisanteries, ont un impact réel sur la confiance en soi et la réintégration des mères au sein des équipes. Et pour celles qui allaitent encore, l’injonction à « tourner la page » est parfois implicite, parfois très claire.
Quels sont vos droits pour allaiter et travailler
La législation française protège les mères allaitantes, qu’elles soient salariées ou fonctionnaires. Ces droits existent, mais restent méconnus, ce qui empêche beaucoup de femmes d’en bénéficier.
Voici ce qu’il est important de savoir :
1. Bénéficiez-vous d'une protection particulière après votre congé maternité ?
Oui. Il est interdit de licencier une salariée pendant son congé maternité, ainsi que durant les 10 semaines suivant son retour. Cette période est dite « protégée » : seul un motif extérieur à la maternité et très grave peut justifier une rupture de contrat.
Cette protection vise à sécuriser le retour à l'emploi des jeunes mères et à limiter les discriminations liées à la maternité.
2. Le droit à une heure d’allaitement par jour
Jusqu’aux un an de votre enfant, vous avez droit à une heure par jour pour tirer votre lait ou allaiter sur votre lieu de travail. Cela peut être réparti en deux fois 30 minutes. Dans les entreprises de plus de 100 salarié·es, l’employeur est tenu de mettre à disposition un local dédié à l’allaitement (calme, propre, avec eau et chaise). Cette heure n'est hélas pas systématiquement rémunérée. Tout dépend de votre convention de travail.

3. L'entretien professionnel de retour est-il obligatoire ?
Oui.
Après un congé maternité, un entretien professionnel doit être proposé afin d'échanger sur :
votre reprise de poste ;
vos perspectives d'évolution ;
vos besoins éventuels en matière d'organisation du travail ;
vos projets de formation.
Cet entretien peut également être l'occasion d'aborder sereinement la poursuite de l'allaitement et les éventuels aménagements nécessaires.
4. Les conventions collectives peuvent-elles prévoir davantage ?
Oui, et c'est souvent le cas.
Certaines conventions collectives ou accords d'entreprise prévoient des dispositions plus favorables que le minimum légal :
temps d'allaitement rémunéré ;
horaires aménagés ;
télétravail ;
reprise progressive ;
mise à disposition d'une salle dédiée ;
souplesse organisationnelle accrue.
C'est pourquoi il est toujours utile de consulter sa convention collective avant la reprise du travail.
5. Ces droits s’appliquent aussi aux agentes de la fonction publique
Les agentes de la fonction publique bénéficient également de dispositifs permettant de poursuivre l'allaitement après leur retour au travail.
Les modalités peuvent varier selon les administrations et les règlements internes. Il est donc recommandé de se rapprocher de son service des ressources humaines ou de son administration afin de connaître précisément les dispositions applicables à sa situation.
Que faire si vos droits ne sont pas respectés ?
Si vous rencontrez des difficultés, plusieurs interlocuteurs peuvent vous accompagner :
les ressources humaines ;
les représentants du personnel ;
les organisations syndicales ;
l'inspection du travail ;
les associations spécialisées dans les droits des femmes.
Les principaux articles du Code du travail sur l'allaitement » portent les références suivantes : articles L1225-30 à L1225-33 et R4152-13 à R4152-28
Oser en parler : poser le cadre, avec assurance
Vous avez tout à fait le droit d’exprimer vos besoins à votre employeur. Cela ne signifie pas être moins engagée ou moins compétente, bien au contraire. Une bonne communication peut faciliter grandement les choses.
Voici une formule qui peut ouvrir le dialogue de manière constructive :
“J’envisage de poursuivre mon allaitement après la reprise. J’aimerais qu’on puisse échanger sur les aménagements possibles pour que cela se passe dans les meilleures conditions, à la fois pour mon travail et pour mon enfant.”
Dans la grande majorité des cas, lorsque le sujet est abordé clairement, avec confiance, les arrangements sont trouvés. Il ne s’agit pas de demander une faveur, mais de faire valoir un droit existant.

Créer un cercle de soutien
Être entourée change tout. Partager vos expériences avec d’autres mères qui sont passées par là, poser vos questions à des consultantes en lactation ou échanger dans des groupes de soutien peut faire une vraie différence. Cela permet :
De ne pas rester seule face aux difficultés ou aux doutes,
D’obtenir des solutions pratiques (organisation des tirages, conservation du lait, etc.),
De prendre du recul et de garder confiance dans vos choix.

Rester fidèle à vos valeurs : ne pas renoncer à ce qui compte
Votre parcours professionnel ne s’arrête pas à la maternité. Et votre choix d’allaiter ne vous rend ni moins ambitieuse, ni moins compétente. Ne laissez pas le regard des autres vous faire douter.
Chaque femme est libre de décider ce qui est bon pour elle et pour son bébé. Continuer d’allaiter en travaillant peut demander un peu d’organisation, mais c’est possible. Et surtout, cela peut être profondément gratifiant.
Une maternité qui s’affirme : entre autodétermination et modernité
Aujourd’hui, les femmes ne veulent plus choisir entre maternage et carrière. Elles souhaitent pouvoir allier les deux, en toute autonomie. Cette revendication n’est ni rétrograde ni marginale : elle incarne une forme moderne de liberté.
Comme le souligne la juriste Martine Herzog-Evans, l’allaitement au travail peut représenter un véritable acte de réappropriation de son corps et de ses choix. Il ne s’agit pas de retourner à un modèle passéiste, mais bien d’inventer une nouvelle manière d’être mère et professionnelle à la fois.

"Allaiter, travailler, s’épanouir : ce n’est pas contradictoire. C’est exigeant, mais c’est possible."
Dans notre accompagnement des familles, la reprise du travail figure parmi les motifs de consultation les plus fréquents. Beaucoup de mères ignorent qu'elles disposent de droits spécifiques concernant l'allaitement et l'expression du lait au travail.
Pour aller plus loin :
Échangez avec une consultante en lactation IBCLC
Rejoignez des groupes d’entraide autour de l’allaitement et du travail
Consultez les textes législatifs sur les droits des mères allaitantes (Code du travail, circulaires internes, conventions collectives)
N’hésitez pas à solliciter un représentant syndical ou une association de défense des droits des femmes si vous rencontrez des blocages.
Besoin d'aide pour préparer votre reprise du travail ? Un accompagnement personnalisé permet d'anticiper l'organisation des tirages, la constitution d'un stock de lait et les échanges avec l'employeur.


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