Allaitement et médicaments : comment protéger son bébé ?
- Carole HERVÉ

- 21 janv.
- 4 min de lecture

"Je suis malade, le médecin m’a prescrit un traitement… Mais j'ai peur. Est-ce que je peux continuer à allaiter sans danger pour mon bébé ?"
Vous vous posez cette question, comme beaucoup de mères allaitantes à un moment ou un autre. Et vous avez raison : il est tout à fait légitime de s’interroger avant de prendre un médicament, même banal, lorsqu’on allaite.
La bonne nouvelle, c’est que la majorité des médicaments sont compatibles avec l’allaitement. Mais il existe aussi des situations où la prudence s’impose.
Dans cet article, je vous aide à faire le point sereinement, sans céder à l’angoisse ni au sevrage précipité.
Sommaire
Médicaments et lait maternel : ce qu’il faut savoir
La plupart des médicaments passent dans le lait maternel, mais en très faibles quantités. Et pour la grande majorité d’entre eux, ces traces sont sans conséquence pour le bébé.
Quelques médicaments peuvent, en revanche :
Avoir un effet sur votre bébé allaité (somnolence, irritabilité…)
Modifier la production lactée (la diminuer, rarement l’augmenter)
Nécessiter un ajustement des horaires de tétée
Dans tous les cas, l’évaluation dépend du médicament en question, de la posologie, de la fréquence des tétées, de l’âge de votre bébé… et du contexte. Par précaution, il est donc recommandé de consulter un médecin, idéalement formé à l’allaitement, avant de prendre tout médicament, y compris ceux en vente libre ou de nous contacter pour que nous puissions faire des recherches pour vous.
Les questions utiles à se poser (et à poser au médecin)
Avant de prendre un médicament, voici quelques questions essentielles que vous pouvez vous poser (et poser au professionnel qui vous prescrit) :
Quel est le nom exact, la concentration et la dose du médicament ?
Est-ce que ce traitement est vraiment nécessaire ?
Le médecin connaît-il bien l’allaitement ? S’il vous parle d’emblée de sevrage, il est parfois utile de demander un second avis.
À quelle fréquence tète votre bébé ? Peut-on organiser les prises pour limiter son exposition ?
Existe-t-il une alternative plus compatible avec l’allaitement ?
Êtes-vous prête à tolérer certains symptômes si le traitement est évitable ?
Ces éléments permettent d’évaluer au mieux le rapport bénéfice/risque pour vous et pour votre bébé.
Il est parfois possible d’adapter les horaires de prise pour éviter les pics de concentration dans le lait.Ex. : allaiter juste avant la prise, ou attendre 2 heures après une dose. Les médicaments à courte demi-vie atteignent souvent leur pic environ 1 heure après la prise.
Comment limiter l’exposition de votre bébé au médicament ?
Il est parfois possible d’ajuster les prises du médicament pour que le pic de concentration dans le lait ne coïncide pas avec les tétées :
Allaitez juste avant de prendre le médicament
Attendez 2 heures après la prise avant de redonner le sein (selon le médicament)
Privilégiez les médicaments à courte durée d’action, pris à intervalles réguliers
Si possible, choisissez un médicament à prise unique quotidienne, à prendre après la dernière tétée du soir
Quand faut-il tirer et jeter son lait ?
Dans certaines situations particulières (traitement non compatible, imagerie médicale avec produit radioactif…), une interruption temporaire de l’allaitement peut être recommandée.
Dans ce cas, vous pouvez :
Exprimer votre lait à la main ou avec un tire-lait pour entretenir la lactation
Le jeter si nécessaire (si le lait est contaminé par le traitement)
Reprendre l’allaitement dès que possible, avec l’accompagnement d’un·e professionnel·le formé·e
Quand faut-il redoubler de prudence ?
Certains bébés sont plus sensibles que d’autres aux médicaments que leur mère prend :
Les prématurés
Les nouveau-nés de moins de 4 semaines
Les bébés présentant des pathologies spécifiques (reins, foie, système neurologique…)
Dans ces cas-là, une évaluation au cas par cas s’impose, de préférence avec un·e consultant·e en lactation ou un professionnel formé.
Conseils pratiques selon les symptômes
Avant de prendre un médicament, il est parfois possible d’agir autrement sur les symptômes. Voici quelques exemples d’approches alternatives utiles :
Douleurs : bains chauds, relaxation, massage
Toux / rhume / allergies : lavage de nez, humidificateur, repos
Asthme léger : éviter les allergènes connus (animaux, poussière…)
Reflux / acidité : petits repas, tête surélevée, éviter certains aliments
Constipation : fibres, pruneaux, boissons chaudes
Diarrhée : hydratation, alimentation douce (craquelins, rôties…)
Ces solutions ne remplacent pas un avis médical, mais peuvent aider à éviter un traitement systématique.
Ressources fiables pour vérifier un médicament
LactMed (NIH – USA) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK501922/
Le Crat – Centre de Référence sur les Agents Tératogènes : https://lecrat.fr
e-lactancia (en anglais et en espagnol) : https://www.e-lactancia.org
Les centres de pharmacovigilance : https://ansm.sante.fr/page/liste-des-centres-regionaux-de-pharmacovigilance
Prendre soin de soi pendant l’allaitement, c’est aussi savoir quand un médicament est compatible… et quand il ne l’est pas.
Grâce à une évaluation fine de chaque situation et en s’appuyant sur des ressources fiables, il est souvent possible de traiter efficacement une pathologie sans renoncer à allaiter. Ne restez pas seule avec vos doutes : demandez un deuxième avis si nécessaire, et faites-vous accompagner dans vos choix.
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