Catégorie : Histoires inspirantes

Zoé a fini par reprendre le sein

Première enfant d’un adorable couple franco-canadien, Zoé est née à terme dans des conditions dirons-nous un peu « sportives ». Après un travail long et éprouvant pour sa maman comme pour elle, l’obstétricien a eu recours à des forceps pour l’aider à sortir.

Sa maman peut s’appuyer sur le soutien bienveillant d’un compagnon qui a aménagé son congé paternité pour soutenir sa compagne dans son projet de maternage. Elle peut également compter sur sa propre mère qui apporte au jeune couple des paniers garnis de petits plats savoureux. L’atmosphère est paisible, chaleureuse et aimante dans ce foyer qui accueille Zoé.

Mélanie, la jeune mère souffre malgré l’application assidue de crèmes sur ses mamelons qui ne guérissent pas. Ils sont abrasés, inflammés, extrêmement sensibles et les mises au sein s’apparentent à un acte héroïque. Cependant, Mélanie est déterminée. Elle est prête à subir cette douleur qui la réveille la nuit tant qu’elle sait que sa princesse peut profiter de son lait. Zoé serre fort les gencives quand elle tète. Elle s’agite au sein ou bien s’endort dès les premières succions. Elle peine à prendre du poids. Lors de ma visite, j’évoque des tensions crâniennes chez Zoé probablement imputables à la position qu’avait le fœtus in utero.

Nous évoquons la possibilité que Zoé soit vue rapidement par un ostéopathe expérimenté auprès des nourrissons. Il est urgent de soigner les mamelons de Mélanie. Elle accepte de tirer son lait au moyen d’un tire-lait électrique double-pompage de qualité hospitalière. Afin de permettre à Zoé de continuer à recevoir le lait de sa maman en améliorant sa technique de succion, nous essayons de lui donner du lait avec un petit dispositif maison constitué d’une sonde tubulaire fine qui trempe dans un biberon.

La petite pourra dans un premier temps aspirer le lait du biberon en tétant le doigt avant d’envisager de prendre son complément directement sur le mamelon pour revenir à un allaitement exclusif à la source. C’est ce que nous espérons.

Le plan paraît simple et les parents de Zoé acceptent de se lancer dans l’aventure.

Zoé mettra 6 semaines à téter à nouveau au sein.

Très vite, grâce à son courage et à sa volonté, Mélanie parvient à augmenter nettement sa lactation. Ses mamelons guérissent en quelques jours à peine. Elle me confie que la perspective de donner du lait artificiel ne la satisfaisait pas et elle s’est donnée à fond pour relancer une lactation mise à mal par des douleurs insupportables et une crainte légitime de donner le sein.
Zoé passe au moins 10h par jour en peau à peau contre la poitrine nue de sa maman. Ses parents lui offrent du lait au moindre signe d’éveil. Tout est fait pour limiter les pleurs. Zoé vit dans une relation de grande proximité avec sa maman laquelle est déchargée de l’essentiel des tâches du quotidien à l’exception de ses séances d’expression au tire-lait.
Zoé prend des forces. Elle prend en moyenne 47 g/jour.

Seule ombre au tableau, elle refuse farouchement le sein au point que sa maman a le sentiment de la forcer à effectuer un geste qui ne lui convient plus. Cette situation est déroutante : quel avantage avons-nous à insister pour que Zoé accepte le sein dans ce contexte de refus très clair ?

J’invite alors Mélanie à se concentrer sur chaque petite victoire :
Zoé prend du poids,
le seul lait qu’elle reçoit est celui de sa maman,
elle n’est jamais forcée ni gavée,
elle est en bonne santé,
on la voit se détendre et se lover contre le torse de sa maman,
elle accepte ce contact étroit,
elle lèche parfois même le sein,
elle s’endort tout près en sentant ces odeurs familières et rassurantes.

Et puis sans que l’on s’y attende, Zoé accepte le sein une fois par jour certains jours.

Voici ce qu’en dit sa maman : « Pour la première fois en 7 jours, Zoé a reprit le sein!
Pourquoi? Je ne sais pas mais qu’est-ce que ça m’a fait plaisir.
L’un des problèmes qu’on a est certainement la position du bébé au sein que je dois travailler. Aussi, Zoé s’énerve et très vite c’est la panique (on apprend à répondre plus rapidement et à la calmer lorsqu’on prend trop longtemps).
Oui, on a eu des difficultés dès le début. Mamelons plat de mon coté. En plus, Zoé a eu une naissance un peu difficile (forceps, aspiration gastrique), elle est petite (2.82 kg à la naissance), a un frein de langue un peu court (mais pas si court qu’il faut intervenir), avait un torticolis et il y a avait quelque chose par rapport à la forme de son palais.. Bref, rien de très grave mais quelques obstacles qu’on a du surmonter ensemble.
J’ai tenté de mettre la DAL au sein (il y a 10 jours environ) : elle s’est retirée en toussant, la bouche pleine de lait. J’ai compris qu’elle recevait assez de lait en direct.
Je pense à cette petite que vous avez mentionné qui a fait un grève pendant 6 mois. J’ai beaucoup d’admiration pour sa maman pour sa patience et son courage.
En passant, une anecdote amusante : La fille d’une amie aime tellement tétée qu’elle essaye de téter tout – Elle essaye de prendre le nez et le menton de son père! »


Nous essayons de noter tous les micro-facteurs qui à chaque épisode lui ont permis d’accepter de téter en direct.
Notre espoir est de disposer d’une liste de petits indices qui, mis bout à bout, peuvent nous laisser entrevoir de reproduire ces petits miracles. Tout cela demande une attention, une patience, des efforts considérables qui peuvent sembler futiles pour un œil extérieur mais nous restons confiants. Mélanie a une vision bien claire, elle veut allaiter sa fille au sein et elle se projète dans l’accomplissement de son rêve.

Je sens bien que Mélanie est épuisée par ces stratégies qui ne semblent pas porter les fruits attendus, du moins en apparence. Je suis consciente aussi que le papa qui fait de son mieux également. Il a repris son activité professionnelle. Je suggère alors fortement que Mélanie parle de son histoire à un groupe de mères qui partagent leurs expériences d’allaitement et se soutiennent mutuellement sur internet. Nous n’avons pas de solution miracle immédiate à portée de mains, mais plusieurs mères prennent le temps d’envoyer à Mélanie un petit message d’encouragement. C’est peu mais ça compte pour Mélanie qui sent que son projet a du sens. Mélanie est anglophone, elle lit tout ce qu’on peut trouver sur Internet : why breastfeeding doesn’t work? My Baby Just Doesn’t Get It. Elle sent qu’elle n’est pas la seule mère confrontée à ce type de défi.

Plus d’un mois après notre première rencontre, après une 1396è sms, coup de fil proposition douce du sein et contre toute attente, sans pression, Zoé accepte de prendre le sein comme si ce geste avait toujours été sien, naturel et évident.
Depuis, elle refuse farouchement le DAL maison.

Et voici le commentaire de sa maman.

« Voilà que depuis le 1er janvier, Zoé tête à chaque fois que je lui propose le sein comme si elle l’avait toujours fait! Depuis le 3, elle semble aimer ça. Je ne sais pas ce qui a changé en elle. En tout cas, je suis très heureuse. Merci pour vos conseils et votre soutien, ça m’a donné du courage lorsqu’il m’en manquait.

Des rivières de lait…

Une jeune mère m’envoie timidement un sms. Son amie proche l’a encouragée à me contacter. Elle ne trouve pas normal que ses seins soient toujours aussi engorgés et douloureux, 9 jours après la naissance de sa fille. Nous convenons d’un rendez-vous à son domicile.

J’arrive dans un appartement où règne le joyeux désordre du retour de la maternité.
Un gâteau de couches trône sur une commode à l’entrée. Je me dis intérieurement que je trouve ce cadeau clin d’oeil futé. J’observerai plus tard que la sympathique attention est livrée avec un lot de tétines, je me demande si c’est vraiment utile.

Une attendrissante grand-mère m’accueille visiblement inquiète : « Elle a 39 vous savez, elle ne peut pas sortir de son lit ».
Je trouve une jeune femme enfouie sous la couette, livide, grelottante et endolorie de la tête aux pieds.
Elle évoque des seins engorgés, une barre sur le front, des courbatures épouvantables.
Elle m’avoue ne plus tenir. Elle voudrait que tout s’arrête, être enfin en paix.
Son petit ange dort paisiblement dans un magnifique berceau en osier chiné puis décoré en famille de tissu bordé de dentelle blanche.

Je sens combien l’atmosphère est chargée en émotions.
Et je prends intérieurement la mesure de la situation, je me donne 15 minutes pour voir si on peut soulager rapidement l’engorgement avant de consulter un professionnel de santé.
J’ai remarqué en arrivant qu’un médecin généraliste exerce dans l’immeuble. La maman m’en dit le plus grand bien. Elle est fiévreuse depuis 24h, je crains une origine infectieuse des symptômes. Elle évoque un accouchement au cours duquel on a jugé bon d’administrer à la maman et au bébé un médicament antibiotique. Serait-il possible qu’elle ait attrapé une infection de son côté ? Je garde cette piste à l’esprit.

L’urgence est de désengorger ses seins. J’opte pour une entrée en matière humoristique : »comme c’est glamour d’avoir un tire-lait pour compagnon de route sur votre table de nuit ! ». Elle émet un rire étouffé. Elle souffre.
Elle me voit m’installer et se rend compte que le compagnon que je porte avec moi en écharpe n’est pas mon propre nourrisson mais avec un poupon de démonstration. Ça la fait sourire. Comme je cherche à faire couler de l’ocytocine* coûte que coûte, j’évoque une anecdote. On vient gentiment de me proposer une place assise dans le bus que j’ai aimablement refusée en expliquant que je transportait là mon outil de travail…

La toute petite vient de boire le lait de sa maman au biberon. Elle dort paisiblement dans son berceau. Je demande à la maman comment elle se sent à l’idée de tirer son lait. Je vois son corps déjà envahi de douleurs chercher une énième forme de résistance, crisper encore quelques muscles. La pauvre souffre au point que ses lèvres sont privées de sang. Et elle tremble légèrement. Elle a pris du paracétamol il y a peu. Elle a même dormi un peu mais d’un sommeil à peine réparateur. Elle frôle l’épuisement.

Nous parlons du tire-lait.
Comment le trouve-t-elle ?
« Moyen ! Mais la maternité m’a rédigé une ordonnance en précisant le modèle de ce matériel. C’est curieux, celui-ci est bleu, assez efficace certes, mais sans comparaison avec le jaune qu’on avait mis à ma disposition à la maternité qui m’allait très bien. »

Doucement je l’encourage à tirer son lait. Elle ne dispose que d’une téterelle. C’est dommage, un set double nous aurait fait gagner du temps.
Elle soulève son tee-shirt et découvre deux magnifiques feuilles de chou vert glissées entre le sein et le tissu du soutien gorge. Vous savez me dit-elle, j’ai mal mais étonnamment, je n’ai pas les seins tendus comme hier soir. J’ai suivi les conseils que vous m’aviez donnés au téléphone et j’ai mis du chou dans mon soutien gorge.
Les feuilles sont chaudes et mouillées de lait.

On branche le tire-lait, je vois son visage se contracter de douleur. Elle ne sait même plus comment se positionner : tous ses muscles tirent. Je cale dans son dos les coussins que je trouve. Je plaisante avec elle, je lui demande de ne pas regarder le lait qui coule. Je l’encourage à souffler longtemps, doucement et profondément.

Je garde un oeil sur sa princesse qui dort du sommeil du juste. 50 ml tirés en à peine 10 minutes, je sens que la pression redescend. Nous interrompons l’expression du lait pour accorder une pause.

La bouteille d’eau n’est pas loin. La maman boit à grandes gorgées, visiblement elle commence à se détendre. Le volume du sein a diminué de moitié. Je poursuis mes questions, alternant avec une écoute attentive de son récit.

« Je me sens prête à tout arrêter » me dit-elle. « C’est trop dur. J’ai l’impression que ce n’est pas un plaisir, que je transmets à ma fille un stress inutile. Mon mari cherche à m’aider, j’ai le sentiment de le priver de sa relation naissante avec sa fille ».

Je lui raconte que ce matin-là, en recevant son sms désespéré, je n’ai pu m’empêcher de le lire à haute voix, que la maman qui était avec moi alors m’a dit : »mais il faut lui dire que c’est normal, c’est le début, ce n’est pas facile pour tout le monde, et en plus, elle peut m’appeler si elle a besoin que je la soutienne. »

C’est véridique. Cette mère inconnue est là prête à laisser de côté ses propres soucis du moment pour encourager une mère qu’elle pourrait ne jamais rencontrer au simple motif de chercher à transmettre, encourager, faire profiter à son tour de son expérience.

L’élan de solidarité des mères entre elles m’émeut toujours. Je lui propose même de lui faire lire les témoignages des mères de mon groupe de soutien LLL quand l’une d’entre elles est confrontée à une situation analogue. Il existe des mères bien réelles qui sont prêtes à lui tendre virtuellement la main, à la prendre mentalement dans leurs bras pour accueillir sa douleur, son désarroi. Je l’assure que je peux la mettre en lien avec d’autres mères. Elle ose ce timide sourire qui semble dire « tout ça rien que pour moi ? ».

Mais la douleur est toujours présente, moins envahissante mais bien là. Nous parlons des crevasses qui accentuent l’inconfort. Les gerçures sont ouvertes mais rosées et propres. Pas de signe d’infection apparent en surface.

Petit ange a 10 jours mais les crevasses ne cèdent pas de terrain. Je me demande intérieurement si le bébé ne présente pas un frein de langue un peu serré. Je décide d’attendre que le bébé manifeste des signes d’éveil. Ce n’est pas le cas pour le moment. Nous avons le luxe de pouvoir aborder les questions une par une.

La maman décide de me raconter un peu de son histoire. Elle a une sœur, elle aussi maman qui l’encourage, qui lui a donné envie d’allaiter. Cette soeur dont elle est proche a cru manquer de lait à plusieurs reprises. Elle croit qu’il en sera de même pour elle. Un peu comme si les familles étaient marquées d’une fatalité. Dans celle-ci, les femmes n’auraient pas assez de lait pense-t-elle.

Et puis, et puis…
Et puis « Papilou », ce beau monsieur dont la photo veille sur le berceau, « Papilou », mon papa me dit-elle, est parti.
Il a été emporté par un staphylocoque trois mois avant la naissance de ma fille.
En mémoire de mon papa qui était d’origine kabyle, j’ai donné un deuxième prénom à ma fille qui veut dire « rivière de lait ».

La symbolique est émouvante, presque déroutante si on regarde la situation du moment. Se pourrait-il que tout son corps ait retenu intérieurement la pression au point de ne rien savoir lâcher. Les larmes puis le lait. Maintenant, le lait commence à couler.
Ce sont les émotions qui l’emportent; je ne peux m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux, l’évocation de cette douleur profonde et toujours si présente est tellement incroyablement proche de ce que vit cette jeune mère. On croirait que ce qui est en train de se produire participe au chemin du deuil. Et je me permets de poser une main compatissante sur elle, je l’enjoins presque à pleurer. Nous allons enlever une couche supplémentaire de douleur.

20 minutes sont passées, peut-être 30. Elle grimace. Hum, mon sein droit maintenant est bien lourd. » Nous rebranchons le tire-lait. Et elle tire doucement, à une pression confortable pour elle. Nous déciderons bientôt d’arrêter finalement après seulement 10 minutes. Les seins sont redevenus souples, nous ne souhaitons pas trop les stimuler.

La petite dort d’un sommeil plus léger. Avec l’autorisation de la maman, je repars me laver soigneusement les mains et je tente de lui faire téter mon doigt. Pas perturbée le moins du monde par mes gestes, elle ne tète pas. Je vérifie cependant le frein de lèvres, la forme du palais, je remarque une légère déviation labiale, et je glisse mon doigt sous sa langue pour découvrir un frein élastique. J’en suis sincèrement soulagée pour la maman. Elle connaît un bon ostéopathe, elle va pouvoir le faire venir à domicile, une chance. La maman a observé que sa fille tourne toujours la tête du même côté. Nous avons là un possible élément d’explication quant à la persistance des crevasses. J’ai hâte qu’un professionnel qualifié et expérimenté voit la toute petite. Il m’est d’avis de suggérer que la maman consulte également pour elle.
A l’heure où que ja quitte, la maman a retrouvé des couleurs sur son visage. Je tente – pour rassurer la grand-mère – un « je crois même que la maman va pouvoir se lever pour venir savourer la ratatouille qui sent si bon avec vous à table « . Et je vois la maman se lever de bon coeur et sans aide. Elle se sent faible mais elle n’a plus de fièvre.

Nous avons pu évoquer les stratégies pour les heures qui viennent. Poursuivre le drainage doux et fréquent des seins. retenter la mise au sein. Si celle-ci est trop angoissante ou douloureuse, elle fera prendre du lait à sa fille au moyen d’un petit tuyau fixé sur son doigt. Poursuivre les antalgiques, continuer de se reposer. Et si la fièvre revient, demander un antibiotique au médecin de l’immeuble.

Il se passe à peine 1h30 et je reçois une magnifique photo d’une maman souriante avec sa fille au sein. Elle me remercie, la situation rentre dans l’ordre.

Ah lâcher prise, quand tu nous tiens !!!

* L’ocytocine est appelée l’hormone de l’amour. Fragile et farouche, elle coule moins facilement dans les situations de stress. Elle permet aux seins d’éjecter le lait qu’ils stockent.

Manon ne prend pas de poids

Nous sommes le samedi 12 décembre.
Je reçois ce sms : « Bonjour, je suis Amalia la maman de Tania. Nous nous étions vu il y’a 1 an et demi environ pour des soucis d allaitement avec Tania. J’ai de nouveau grandement besoin de votre aide pour ma petite dernière qui a 5 mois et allaitée exclusivement. Ne pèse que 5 kg. Pourrions nous convenir d un rdv svp? »

En quelques mots, je vous redonne son histoire.
Amalia élève ses 4 enfants avec l’aide du papa qui est en pleine reconversion professionnelle : il cumule son emploi et une formation professionnelle le soir et sur son temps libre.
Les aînés ont respectivement 10 et 8 ans. Elle ne les a pas allaités.
Elle se présente accompagnée du papa à la consultation pour Tania 20 mois plus tôt en raison de lésions aux mamelons qui ne guérissent pas.
La petite est alors âgée de 21 jours.
Sa prise de poids est convenable (25g par jour).
La mère est soutenue par une association de soutien à l’allaitement qui l’a orientée vers une consultation car malgré de nombreux soins : compresses de lait maternel, application de lanoline, attention portée aux positions d’allaitement, les douleurs perdurent et deviennent insupportables.
L’évaluation digitale révèle alors un frein de langue inélastique.
Pour l’anecdote, je demande au papa de me tirer la langue et nous constatons que lui aussi présente un frein de langue serré.
Sa femme évoque des ronflements importants et parfois aussi des apnées du sommeil qui l’inquiètent.
Amalia demandera confirmation du frein inélastique auprès d’un médecin ORL qui décide de pratiquer une freinotomie sur le champ car il juge le frein de langue très serré.
Tania mettra 2 semaines à apprendre à utiliser sa langue avec suffisamment d’amplitude et à téter sans blesser les mamelons. Elle tètera ensuite sans difficultés jusqu’à la grossesse de sa maman quand elle a 12 mois.

Amalia a conclu que les douleurs aux mamelons étaient dues à la brièveté du frein.
Forte de cette expérience, elle a intégré la notion que les douleurs de l’allaitement sont à prendre très au sérieux.
Elle met au monde une petite Manon qui dès le début présente une succion très douce et indolore.
Elle porte beaucoup d’attention à bien la positionner et à l’allaiter aux signes d’éveil.
La prise de poids de Manon reste néanmoins très faible (à peine 18g par jour le 1er mois) sans que cela inquiète quiconque excepté la maman qui a des doutes et redouble d’efforts et d’attentions pour son bébé.
Elle me contacte alors que la petite est âgée de 5 mois et allaitée exclusivement. Sa prise de poids est préoccupante : 5 kg seulement pour un poids de naissance de 3,200 kg.
Je demande à ce que la maman voit un pédiatre pour s’assurer du bon état de santé de la petite et écarte les pistes d’un problème cardiaque, d’une infection urinaire, d’un problème métabolique, d’un autre type d’infection.
La maman m’indique qu’elle s’est rendue à plusieurs reprises aux urgences et que les conclusions des médecins étaient que son lait n’est manifestement « pas assez riche » et que des biberons de lait artificiel permettraient à Manon de prendre du poids. Elle culpabilise, elle a l’impression de ne pas savoir s’occuper convenablement de son bébé. Elle est dépassée par la situation.
Lors de la consultation, j’observe un bébé particulièrement menu (elle porte des vêtements taille 3 mois et nage dedans), éveillé et souriante.
Nous passons en revue toutes les causes possibles de manque de lait.
J’en viens à tester la succion de la petite et je découvre un frein de lèvre inséré très bas (il touche le bas de la gencive et empêche la lèvre de se retourner) et un frein de langue postérieur fibreux et serré.
La langue de Manon ne parvient pas à dépasser la première phalange de mon petit doigt et elle brise la succion très vite.
Je suggère donc à la maman de se procurer un tire-lait double pompage de qualité hospitalière et de tirer son lait après chaque tétée quelle que soit la quantité obtenue et de donner aussitôt ces compléments à Manon.
Elle pourra prendre également des plantes galactogogues pour stimuler sa lactation.
Je lui donne un programme assez exigeant de tirage et nous convenons qu’elle donne également des solides nourrissants à sa fille de sorte à lui donner plus de forces.
15 jours passent jusqu’à la freinotomie.
Amalia me confie son angoisse à la perspective d’une intervention.
Je tente de la rassurer.
La nuit qui suit le rendez-vous, Amalia ne parvient pas à dormir tant elle est excitée et heureuse.
A 5h40 du matin, je reçois ce message :
« Dr R. est un homme formidable. D’une gentillesse !
Il a finalement retiré le frein de lèvre +frein de langue. Il a dit que c’était vraiment très serré donc nécessaire.
Tout s’est très bien passé!
Manon tète deja mieux!
Demain pesée en PMI pour avoir un poids de départ et voir dans 1 semaine…
Et une séance ostéo également. »

Une semaine après l’intervention, Manon a pris 250g, du jamais vu depuis sa naissance.
Sa prise de poids continue de progresser sans nouveau souci.
A 6 mois, elle mange des solides riches et continue de téter pour la plus grande fierté de sa maman.

Un petit doigt coincé dans la porte.

Natascha, la maman de Giorgia a souhaité me confier son récit pour donner du courage à des mamans qui pourraient vivre une situation analogue à la sienne. Je publie donc son témoignage avec sa permission.

Cela vous est sûrement déjà arrivé de vous coincer le petit doigt dans la porte, n’est-ce pas?
C’est par ces paroles que Carole Hervé, consultante en lactation, a éclairé mon mari sur les douleurs qu’enduraient mes mamelons et moi depuis une dizaine de jours en mettant bébé au sein.

Comme pour ma première fille que j’avais allaité pendant 6 mois, j’avais fait le choix de nourrir Giorgia et j’avais lu des livres sur le sujet pour bien m’y préparer. J’étais assez rassurée par le fait de lire qu’un deuxième allaitement se passerait plus facilement qu’un premier car je me souvenais encore de la douleur lancinante et brûlante, les dix premiers jours et de mon étonnement, à l’époque: “ah bon, allaiter n’est pas du tout si naturel et facile que cela en a l’air”…

A l’hopital, ça commence mal.

Lors de la première mise au sein de bébé dans la salle d’accouchement, l’infirmière de service a cru bon me dire: “elle tête mal, elle a du sucer sa langue in utero, ça ne va pas du tout…”. Inutile de dire que cela ne met pas vraiment en confiance…
Durant les trois jours à la maternité, j’ai eu l’impression que bébé n’ouvrait pas assez la bouche en tétant. Lorsque je demandais des conseils au personnel soignant, on me disait en regardant de loin “si si, ca va bien comme ça”… et cela dans un hopital moderne et spécialisé en néonatalogie!

De retour à la maison, l’enfer a commencé: avec la montée laiteuse, mes seins avaient doublé en volume et étaient gonflés à bloc ce qui ravissait peut-être mon mari mais pas moi. Lorsque je mettais bébé au sein pour réduire cette tension, j’avais terriblement mal. Du fait de l’engorgement, le mamelon était aplati et j’avais l’impression que la bouche de bébé glissait dessus et n’arrivait pas bien à le prendre. J’étais donc un peu en panique car je n’arrivais pas à évacuer le “trop plein” de lait. Mais il fallait bien que cela sorte!
La fatigue post-partum et les douleurs m’ont vraiment fait douter de ma capacité à continuer d’allaiter. Malgré le soutien de mon mari, je me sentais seule et incomprise.

Ouf – sauvée…. par Carole Hervé

Heureusement, internet existe et on y trouve quelques conseils. En cherchant des solutions, je suis tombée sur une vidéo d’une consultante en lactation. Wow, il existe des experts sur le sujet qui pourraient m’aider?! J’en ai appelé plusieurs, mais en ce mois d’août, je ne tombais que sur des messageries.

Puis Carole Hervé m’a rappelé. Elle a bien dû passer 30 minutes avec moi au téléphone en me donnant des conseils pratiques étonnants. J’ai tout de suite été confortée par son attitude très bienveillante. Le fait qu’elle reconnaisse ma douleur et sache répondre à mes difficultés là ou d’autres personnes – pourtant proches – m’avaient juste dit “pourquoi tu t’obstines? le biberon est aussi bien!” m’a vraiment encouragé à tenir bon.

Carole m’a proposé de m’accueillir chez elle un samedi matin, dès son retour de vacances. Nous y sommes donc allés avec mon mari et mes deux filles. Une fois sur place, elle a observée une mise au sein. L’ambiance était détendue, je me suis tout de suite sentie mise en confiance.

Petite parenthèse: je conseille à toute maman allant en consultation d’y emmener son homme, car même si mon cher et tendre m’avait vu accoucher sans péri (pas trop douillette a priori), et même s’il est à 100% pour l’allaitement maternel, il devait bien se dire que j’exagérais un peu. Quand même! Les femmes du monde entier allaitent depuis des siècles, cela ne peut pas être si compliqué!

Carole m’a montré différentes positions d’allaitement. Elle m’a donné plein d’astuces très pratiques. Et puis, grand soulagement: il y avait bien une raison observable à mes douleurs et je n’allais plus devoir me contenter de réponses banales du genre “l’allaitement fait mal, prends des protège-mamelons et tais-toi!”. Carole a en effet tout de suite pu déceler, en observant et tâtant attentivement la bouche de ma fille, la raison de mes mamelons crevassés: un frein de langue trop serré qui ne permettait pas à bébé de bien placer sa langue en gouttière sous le sein. Ainsi “râpait”-elle, à chaque tétée, mes tétons à son palais dur… Je vous laisse imaginer un petit doigt fraichement coincé dans la porte et passé à la râpe!

Puis Carole m’a indiqué que l’on pouvait remédier à ce petit problème en sectionnant le frein de langue afin qu’il y ait plus de mobilité. Elle m’a fourni une liste de pédiatres, d’ORL et de chirurgiens-dentistes pratiquant cela près de chez moi. Puis elle a continué à me prodiguer des conseils très utiles contre l’engorgement et m’a laissé des documents intéressants sur le frein de langue et l’allaitement en général.

Le fait d’avoir reçu un accueil si compétent et bienveillant m’a vraiment conforté de vouloir continuer l’allaitement. Je suis partie de chez Carole Hervé en ayant eu l’impression d’avoir rencontré une petite fée!

Par la suite, nous avons fait couper le frein de langue chez le pédiatre – intervention très rapide et peu douloureuse pour bébé, heureusement. Peu à peu, tout est rentré dans l’ordre.

Mais j’ai plusieurs fois encore eu recours à l’aide de Carole, par téléphone ou mail.
Seins engorgés, douleurs autour du mamelon,… à chaque fois l’écoute, la réactivité et l’expertise de Carole m’ont sauvé. C’est certain: l’allaitement est un sujet peu connu en France, même au sein des hôpitaux et maternités!

Le métier de consultante en lactation est donc à mon sens un métier vraiment utile et je m’insurge contre le manque de reconnaissance dont il souffre. Beaucoup de jeunes mamans arrêtent sûrement d’allaiter parce que cela leur fait mal et qu’elles ne savent pas y remédier.

Mon bébé a aujourd’hui 3 mois et j’allaite toujours exclusivement. C’est un bonheur!
Si vous aussi vous avez besoin d’aide, ayez recours à la petite fée – appelez Carole Hervé!